13 juin 2012

EADEV célèbre la journée internationale contre le travail des enfants en R.D.CONGO

En ville de Beni, l'association EADEV a organisé une conférence débat sur: "LA PROBLÉMATIQUE DU TRAVAIL DES ENFANTS EN RD.CONGO".

Le 12 juin a été déclarée « Journée mondiale contre le travail des enfants ». L’Organisation internationale du Travail (OIT), agence de l’ONU,  a cru nécessaire de consacrer une journée à cette préoccupation majeure de notre temps. Elle a lancé la première Journée mondiale contre le travail des enfants en 2002 pour mettre en lumière la souffrance endurée par des millions d’enfants dans le monde obligés d’exécuter des travaux souvent éprouvants en violation des normes internationales garantissant les droits de l’enfant. L’occasion de se pencher sur ce phénomène qui touche tous les pays du monde, y compris les pays riches.

On estime à 211 millions[1] le nombre d’enfants de 5 à 14 ans astreints au travail à travers le monde. A ce nombre s’ajoutent 141 millions d’adolescents de 15 à 17 ans dit “économiquement actifs”, c’est-à-dire qu’ils exercent une forme ou une autre d’activité. Plus de 8 millions d’entre eux se trouvent dans une des « pires formes de travail des enfants » : enfants soldats, prostitution, pornographie, travail forcé, trafics et activités illicites.

La République démocratique du Congo figure parmi les pays les plus touchés par le phénomène du travail des enfants et enfants soldats, qu’il s’agisse de travaux domestiques, de travail dans les carrières minières, de prostitution ou d’enfants soldats. Elle est pourtant dotée d’une législation suffisamment protectrice (loi portant protection des l’enfants), mais pas assez appliquée. Elle a par ailleurs ratifié les deux principales conventions internationales traitant des droits de l’enfant et du travail : La Convention internationale relative aux droits de l’enfant de 1989[2] et la Convention no 138 de l’OIT sur l’âge minimum d’emploi de 1973[3].
L’ampleur du fléau que représente le travail des enfants soulève bien des questions : Pourquoi les enfants sont-ils obligés de travailler ? Qu’est-ce qui motive le recours au travail des enfants ? Pourquoi nos sociétés tolèrent-elle ce fléau ?...
Mais, avant tout, qu’appelle-t-on « travail des enfants » ?

I. Notion du travail des enfants

1. L’enfant
L’article 2 de la Convention n° 182 de l’OIT[4] sur les pires formes de travail des enfants, stipule que «le terme enfant s’applique à l’ensemble des personnes de moins de 18 ans». C’est aussi la définition utilisée dans la Convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant. Mais les études de l’Organisation internationale du Travail excluent les enfants de moins de 5 ans, même si des cas de travail en-dessous de 5 ans sont souvent signalés. Ainsi les statistiques ne prennent en compte que les enfants entre 5 et 17 ans.
La Convention no 138 de l’OIT sur l’âge minimum d’emploi de 1973 est le document de référence au sujet de la limite d’âge minimum.
Elle distingue :
- un âge minimum général,
- un âge minimum pour les travaux légers, et
- un âge pour les travaux dangereux.
Elle distingue également les « pays où les services économiques et d’éducation sont insuffisamment développés » et les autres pays (les pays en voie de développement). Pour ces derniers, l’âge minimum général est de 15 ans ou l’âge de fin de scolarisation obligatoire s’il est plus élevé. Pour les travaux légers, le travail est toléré dès l’âge de 12 ans. En revanche, pour les travaux dangereux, le travailleur doit être âgé de 18 ans, ce qui exclut le recours au travail des enfants.

2. Le travail
Le travail est défini comme une « activité économique », qu’elle soit payée ou non, ce qui permet d’inclure l’économie informelle ou le travail domestique dans un autre foyer que le sien. Toutes les tâches exécutées par les enfants ou les adolescents ne sont pas condamnables. En effet, les enfants sont naturellement amenés à aider leurs parents dans les tâches quotidiennes à la maison ou dans l’entreprise familiale. En période de vacances scolaires, ou en dehors des heures de cours, il leur arrive d’aider un ami de la famille à garder son bébé ou à effectuer de petits rangements, ce qui leur fait gagner un peu d’argent de poche. Ces tâches, tout à fait légères, n’empêchant pas les enfants d’aller à l’école, ne rentrent pas dans la catégorie de « travail des enfants ».

3. Le travail des enfants
La notion de « travail des enfants » recouvre trois cas de figure :
- le travail non dangereux,
- les travaux dangereux, et
- les pires formes de travail des enfants.
Le travail léger et non dangereux[5] doit être sans danger pour la santé et le développement de l’enfant et ne doit pas l’empêcher de fréquenter l’école. On admet globalement que ce type de travail est plutôt bénéfique pour l’enfant et l’aide à prendre conscience de l’importance du travail en tant que valeur. L’enfant doit toutefois être âgé de 12 ans ou plus, ne travailler que quelques heures par semaine à des tâches légères. A partir de 15 ans, son travail ne doit pas être répertorié comme « dangereux ». Tout travail accompli en dehors de ces prescriptions, même léger, est considéré comme du «travail des enfants à abolir».
Les travaux dangereux[6] sont ceux qui peuvent « compromettre la santé ou la sécurité physique ou morale d’un enfant ». Certains métiers sont particulièrement concernés. Il s’agit des métiers de la construction, des mines, de l’agriculture avec utilisation de machines et de produits chimiques, …



Les « pires formes de travail des enfants »[7] sont, entre autres, le trafic d'enfants, le travail forcé ou en remboursement d’une dette, la participation des enfants à des conflits armés (enfants soldats mais aussi comme messagers, porteurs, etc.), l’exploitation sexuelle par la prostitution et la pornographie ainsi que les activités illicites comme le trafic de drogue.

4. Les conséquences du travail des enfants
Les enfants astreints au travail s’exposent à une détérioration rapide de leur santé et voient leur avenir gravement compromis. La plupart des enfants astreints au travail sont condamnés à l'analphabétisme à vie car ils sont privés d'école. Ils souffrent de manques affectifs dont ils gardent des séquelles à vie, certaines débouchant sur des troubles mentaux.

Dans l’agriculture et l’industrie, le textile, les usines,… ils s’exposent aux produits chimiques et à la poussière qui intoxiquent gravement leur organisme encore fragile (infections pulmonaires, lésion des yeux, maladies de la peau,...)

Dans l'industrie et l’artisanat, les enfants sont contraints de travailler dans des conditions insalubres et non conformes à la réglementation sur la sécurité. Ils risquent des blessures parfois graves et s’exposent aux maladies professionnelles, ce qui les affecte durement compte tenu de la fragilité de leur organisme.

Dans les mines, ils s’exposent aux mêmes risques que les adultes, voire pire, dont les éboulements souvent meurtriers.

Dans la construction et les bâtiments, les enfants ont des troubles de croissance et des déformations résultant du port de charges trop lourdes.

Le travail domestique fait endurer aux « petits boys » et aux « petites bonnes » des horaires et des conditions de travail éprouvantes. Ils sont en plus l’objet de brimades, de violences physiques et d’agressions sexuelles, non seulement de la part du « patron », mais aussi des autres membres de la famille. Dans de nombreux pays, des familles aisées et éduquées utilisent sans remords des « bonnes », privées d’école pendant que leurs propres enfants poursuivent une scolarité normale. Cette pratique, en plus du dommage irréparable qu’elle fait subir à l’enfant corvéable influe négativement sur l’éducation des autres enfants qui intègrent la culture de l’inégalité de traitement fondée sur les origines sociales. 
Plus généralement, les enfants astreints au travail et qui se retrouvent dans le monde des adultes, loin de la protection de leurs parents, sont victimes de traitements arbitraires et de violences qui peuvent aller jusqu’à l’atteinte au droit à la vie.
Dans les pires formes du travail des enfants, des millions d’enfants dans le monde, en particulier de petites filles, sont carrément livrés au travail du sexe (prostitution, pornographie) et doivent endurer les violences inhérentes à cette activité (viols, agressions dans les rues, bagarres,…) auxquelles s’ajoutent les dépravations (alcoolisme, drogue, délinquance) et les ravages des maladies sexuellement transmissibles (IST,SIDA). Toujours dans le cadre des pires formes du travail des enfants, l’utilisation des enfants dans les conflits armés les expose à de graves risques de blessure, de mort, de mutilation et culture de tuerie. Leur utilisation massive dans les conflits généralement armés peut entraîner de graves déstructurations des communautés entières, la perpétuation des haines et des antagonismes inter-communautaires.  En effet, les enfants soldats, même démobilisés, restent pour longtemps à la fois témoins, auteurs et coupables d’exactions dans lesquelles ils ont été impliqués, et vivent avec la  hantise que ces violences se reproduisent un jour de leur vivant.(ils ont parfois une sérieuse difficulté de recadrer la construction de leur avenir, d’où la conséquence parfois d’une enfance ratée avec des séquelles aussi irréversibles pour engendrer des adultes problématique…

II. Ce qui amène les enfants à devoir travailler 

Si la pauvreté est aujourd’hui retenue comme « cause déterminante » du travail des enfants, d’autres causes doivent également être soulignées.




1. La pauvreté, cause principale

Dans les pays ou les communautés accablées par le chômage et la pauvreté, le travail des enfants fait partie des stratégies de survie. Les parents au chômage ou, plus généralement au revenu modeste, ne peuvent pas faire face aux besoins de base de la famille. Chaque membre de la famille étant une bouche à nourrir, tout le monde est incité à ramener de quoi manger. Les enfants devenant souvent des contributeurs décisifs, en exerçant des activités parfois inavouables, l’autorité des parents se délitent et la dérive du travail des enfants, dans la famille, atteint rapidement le point de non-retour. Le revenu du travail des enfants étant, de toute façon modeste, il ne permet d’assurer que le minimum vital. Ainsi les familles, voire des communautés entières, se retrouvent piégées dans la spirale de la pauvreté, de la survie au strict minimum et de la perpétuation du travail des enfants.
La pauvreté, facteur déterminant du travail des enfants, devient également la conséquence du travail des enfants. En effet, les enfants travailleurs étant généralement issus de familles pauvres, le fait qu’ils soient empêchés d’acquérir une éducation les condamne à la pauvreté. Ainsi la pauvreté passe d’une génération à l’autre. Un cercle vicieux qui condamne les familles et des communautés entières à la pauvreté de génération en génération.

2. La problématique de séparation des parents dans des ménages :

Les séparations des parents de manière illégale, ne garantissant pas la garde des enfants, entraine actuellement un phénomène épouvantable des enfants de la rue. Ces enfants abandonnés à leur sort, se retrouvent dans une obligation d’exécuter toute sorte de travail quelque soit sa forme pour assouvir à leur besoin, surtout alimentaire. D’où on constate les enfants qui passent toutes leur journées ou nuits dans les rues, aux arrêts de transport, dans des ports ainsi que dans les marchés, comme transporteurs des colis, pousses pousseurs, ct…

3. Les autres causes :

  • Absence de scolarisation décente
L’absence d’éducation accessible pour les enfants pose différents problèmes. Les parents ont du mal à envoyer leurs enfants à l’école s’ils doivent payer. Si les parents ne peuvent pas assumer les frais scolaire, les enfants restent à l’écart de l’école et finissent souvent par travailler pour la famille ou ailleurs.

  • Absence de contrôles  et de syndicats 
Le travail des enfants est beaucoup moins répandu dans les grandes entreprises. Il domine dans les petites entreprises et dans l’économie informelle. Les inspecteurs du travail visitent rarement de tels lieux et il y a peu d’implication de la part des syndicats. Le travail des enfants peut ainsi se développer durablement dans de telles conditions.

  •  Facteurs socioculturels
La valeur attribuée à l'éducation par rapport à l'apprentissage ou au travail n'est pas la même selon les cultures : la « culture de l'école » a mis plus d'un siècle à s'implanter durablement en Europe et elle ne semble toujours pas acquise dans de nombreux pays en développement où de nombreux parents ne sont pas allés à l'école. Le travail des enfants, loin d'être vu comme un « fléau », y est valorisé car il permet souvent l'apprentissage tandis que le système éducatif ne mène pas forcément à un bon emploi.  La perception qu'en ont les enfants est aussi variable : certains souffrent de leur condition tandis que d’autres ressentent la fierté d'aider leur famille ou d'apprendre un métier. Le faible taux de scolarisation des filles provient souvent du préjugé selon lequel les filles sont destinées à être mariées. Leur éducation serait une perte de temps et d'argent.


  •  Faiblesse de la scolarisation et des politiques sociales
De même que la scolarisation obligatoire a été un facteur important d'abandon du travail des enfants en Occident, les faibles taux des pays en développement et notamment de l'Afrique sub-saharienne empêchent ce phénomène de reculer. Ainsi, même lorsqu'un enfant est inscrit à l'école, il n’est pas assuré de mener sa scolarité à terme. Seul un enfant sur trois termine son cycle primaire dans le monde.
Des politiques publiques axées sur le progrès social permettent de faire progresser la scolarisation des enfants et de faire reculer le travail des enfants. On doit donc imputer l’échec de l’éducation aux budgets insuffisants alloués par l’Etat. La France est parmi les pays modèles puisqu’elle consacre autour de 1/5ème de son budget à l’éducation, alors que de nombreux pays en voie de développement, dont la RDC, pourtant en retard en la matière, consacrent difficilement 10% de leur modeste budget à l’enseignement. La corruption, le poids de la dette et la faiblesse des recettes ne permettent pas d'accroître ce budget. A cela s’ajoutent les conditions de travail dans l’enseignement. L'Internationale de l’éducation estime que 70 % des enseignants dans le monde sont pauvres. Ils doivent recourir à un travail supplémentaire pour couvrir leurs besoins.

  • Santé et protection sociale
L’état de santé des soutiens de famille et l’absence de protection sociale adéquate peuvent avoir une influence importante sur la décision d’envoyer ou non un enfant au travail. Si les parents sont malades, les enfants sont contraints de devenir des soutiens de famille. Le décès d’un ou des deux parents peut avoir le même effet.
La pandémie VIH/SIDA en Afrique sub-saharienne a eu des effets dramatiques sur le phénomène du travail des enfants. En 1990, on dénombrait un demi-million d’orphelins du SIDA mais en 2003, les chiffres dépassent les 12 millions. On assiste à une augmentation du nombre de foyers ayant à leur tête un enfant dont les parents sont morts du VIH/SIDA et où le réseau familial est incapable de faire face au nombre d’orphelins.

  • Discrimination
La discrimination en matière de sexe, de race, d’origine sociale, de caste, d’ethnie ou autre a constitué un autre facteur conduisant à la persistance du travail des enfants de par le monde. Certaines minorités ethniques victimes de discriminations massives ne peuvent envoyer leurs enfants dans les établissements scolaires.

III. Ce qui motive le recours au travail des enfants

- Un faible coût de la main-d’œuvre. Les enfants travailleurs constituent un réservoir de main d’œuvre bon marché. Trop souvent, ils se contentent d’une rémunération dérisoire. Ils entretiennent avec leurs employeurs une relation « enfant – adulte », voire « père – fils » « mère – fille », ce qui exclue la possibilité d’exercer une quelconque revendication. Ils sont souvent sensibles à l’argument selon lequel leur travail ne compte pas, qu’ils seraient en réalité bénéficiaires en termes d’expérience professionnel et qu’ils devraient se contenter du peu que le « patron » juge bon de donner. Les abus peuvent aller jusqu’aux simples repas en échange du travail, voire carrément rien.
- Le vieil argument du patronat. Le patronat du XIXe siècle suggérait que la petite taille des enfants leur permettait d’accomplir des tâches trop difficiles aux adultes, une idée encore répandue de nos jours. Il estimait que certaines tâches, certaines positions ou certains outils ne peuvent être adaptés aux adultes et doivent nécessiter le recours à la main-d’œuvre infantile. Au-delà de l’argument économique, l'emploi d'enfants était considéré comme un facteur de « paix sociale » et leur évitait de tomber dans la délinquance. Cette dernière idée a été battue en brèche par la montée de la scolarisation et par le fait que la délinquance est elle-même liée au monde du travail : des activités illicites comme le trafic de drogue, le proxénétisme ou le vol sont souvent organisés, avec une relation employeur-employé.
La discipline. Le principal problème auquel sont confrontées les armées régulières et irrégulières en temps de conflit est la discipline. Le recours aux enfants soldats permet de prévenir, en partie, les problèmes de discipline et de revendications des troupes engagées dans les conflits. Les recruteurs considèrent que les enfants-soldats sont « impressionnables, sensibles à l’autorité, moins portés à déserter ou à réclamer leur solde que des adultes ». Actuellement, il y aurait environ 300.000 enfants soldats dans le monde, impliqués dans une trentaine de conflits notamment en République démocratique du Congo.
IV. Lutter contre le travail des enfants
Pour être efficace, la lutte contre le travail des enfants a impérativement besoin d’une prise de conscience collective. Que tout le monde se rende compte que le travail infligé aux enfants les détruit et détruit « le peuple de demain ». En France, lorsque les autorités chargent le Dr Villermé, père de la médecine du travail, d’élaborer un rapport sur l’état de santé des ouvriers (dont des enfants), le pays fait face à un grave problème. En effet, au début du XIXe siècle, des enfants de 5 ans travaillaient couramment 15 à 16 heures par jour. A l’âge de la conscription, plus de 2/3 des jeunes, abimés par le travail, étaient déclarés inaptes. La France, alors confrontée aux risques de guerre, risquait de manquer de soldats.
Si en France, la prise de conscience s’imposa par rapport aux enjeux militaires, il s’agissait, d’une manière générale, de la survie de la nation. Le même réflexe de survie d’une communauté, à moyen et à long terme, peut motiver une prise de conscience susceptible de faciliter l’éradication du travail des enfants et leur scolarisation soutenue. Reste à savoir comment s’y prendre.

D’une manière générale, les révélations médiatisées permettent de faire prendre conscience du fléau. Les ONG prennent le relai. Grâce à elles les grandes entreprises se dotent de « charte éthique » et autres codes de bonnes pratiques et s’interdisent de traiter avec des entreprises qui utilisent le travail des enfants. Par ailleurs, la « consommation citoyenne » permet de s’assurer que le produit acheté a été fabriqué dans des conditions respectueuses de droits des travailleurs et des enfants. Le boycott des consommateurs permet de faire pression sur les entreprises. Ces actions ont toutefois leurs limites et peuvent générer des drames inattendus. L'exemple le plus connu est celui du Bangladesh en 1992. Le projet de loi du sénateur américain Harkin d'interdire l'importation de marchandises fabriquées par des enfants a entraîné le licenciement de près de 50.000 enfants dans le pays où 100.000 enfants travaillaient dans l'industrie textile. Ces enfants, brutalement privés de travail, ont basculé dans d’autres activités illicites parmi lesquelles la prostitution.

Sur le plan international, en plus de diverses conventions[8] consacrant les mécanismes de protection des enfants, l'OIT a mis sur pied, en 1992, le programme IPEC (International Programme on the Elimination of Child Labour, « Programme international pour l'abolition du travail des enfants »). Ce programme vise, en priorité, les pires formes de travail des enfants, celui des filles et des moins de 12 ans. Dans son rapport de 2006, l'IPEC estime que « les efforts engagés un peu partout dans le monde pour combattre ce fléau ont donné d’importants résultats », mais qu'une importante mobilisation reste nécessaire.

Au niveau des ONG, et les sociétés civiles le débat porte sur l’« abolition ». L'abolition se heurte à plusieurs obstacles notamment l'ampleur du fléau que quelques actions médiatisées ne suffisent pas à faire reculer. Par ailleurs, la corruption et les inerties politiques rendent la lutte contre le travail des enfants particulièrement laborieuse. Malgré l’engagement des Etats à assurer l’application de la loi, tous les acteurs du domaine s'accordent sur le fait que seule une lutte efficace contre la pauvreté permet d’obtenir des résultats significatifs.
Les « abolitionnistes » prônent une interdiction complète du travail des enfants, ceux-ci devant être scolarisés. Elle passerait par un durcissement des lois, la répression des employeurs et un développement des politiques d'éducation. Les « non-abolitionnistes », quant à eux, dont de nombreuses ONG de terrain estiment que l'abolition est une utopie à court et moyen terme. Ils proposent plutôt d'encadrer le travail des enfants pour supprimer l'exploitation et permettre un minimum de scolarisation en même temps.

L'UNICEF, quant à elle, propose six mesures pour éliminer le travail des enfants :
- L'élimination immédiate de l'emploi des enfants à des tâches dangereuses.
- L'organisation d'un enseignement gratuit et obligatoire. Dans les pays riches, autrefois confrontés au fléau du travail des enfants, c’est l’instauration de l’enseignement gratuit et obligatoire qui a permis d’éliminer le travail des enfants.
- L'élargissement de la protection légale des enfants
- L'enregistrement de tous les enfants à leur naissance, de manière à pouvoir déterminer leur âge. En République Démocratique du Congo, seuls 31 % des naissances sont enregistrées. La majorité des enfants congolais n’ont alors pas d’identité officielle, ni de nationalité[9]. Cette absence d’identité juridique amplifie le phénomène d’enfants soldats qui, sans famille, se retrouvent désespérément sans aucun droit.
- Une collecte et un contrôle adéquats des données (de manière à connaître avec exactitude l'ampleur du travail des enfants)
- L'établissement de codes de conduite.

Dans les pays pauvres ne disposant pas d’assez de moyens pour garantir l’enseignement gratuit et obligatoire, d’intéressantes initiatives ont permis d’obtenir des résultats encourageants. La fourniture régulière de repas gratuits dans les écoles a permis d’améliorer le taux de fréquentation scolaire, ce qui permet, mécaniquement, de mettre les enfants concernés à l’abri du travail.
Cet article a été proposé par Boniface Musavuli, activiste des droits humains et membre de l'association EADEV-DRC


[1] « Le travail des enfants : un manuel à l'usage des étudiants », http://www.ilo.org/ipec/facts/lang--fr/index.htm
[2] Ratifiée par la RDC le 27 septembre 1990.
[3] Ratifiée par la RDC le 20 juin 2001, sous réserve de l’âge minimum spécifié à 14 ans.
[4] Ratifiée par la RDC le 20 juin 2001.
[5] Convention de l’OIT n° 138.
[6] Convention de l’OIT n° 190
[7] Convention de l’OIT n° 182
[8] De nombreuses conventions ont été ratifiées dans une perspective qui s’assimile clairement à une é

12 juin 2012

Séminaire international KORCZAK-Juin 2012


Comme accoutumé, le mouvement international  Janusz Korczak organise chaque année, un séminaire en mémoire de Korczak,  dont l’histoire a marqué toute l’humanité suite à sa pensé éducatrice et  sa considération qu’il avait des enfants. Son engagement et l’amour  qu’il avait envers les enfants jusqu’à la dernière énergie de sa vie, est au delà de la compréhension humaine qui mérite à nos jour un hommage ineffaçable dans les mémoires des adultes.

Pour cette année 2012, le séminaire a été organisé pour deux jours, du 1er au 2 juin à  Genève, à l’ambassade polonaise.

Contrairement aux années antérieurs, ce séminaire a connu la participation des plusieurs hauts personnages et  cadres de Nattions Unies , les ONGs suisse et internationales oeuvrants dans la protection de l’enfance, le  représentant de la commission européenne pour les droits des enfants, ainsi que les cadres du mouvement international Janus Korczak.
En partenariat avec l’Association Française Janusz Korczak( AFJK), l’association Enfant pour l’Avenir et le Développement EADEV a  été invitée à prendre part à cette intéressante activité.
Durant les 2 jours prévus, les participants ont échangé leurs connaissances et expériences sur la problématique de l’enfance dans le monde, en faisant le lien avec l'article 3 de la convention internationale des droits des enfants.
« 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale.


2. Les États parties s'engagent à assurer à l'enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être, compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées.

3. Les États parties veillent à ce que le fonctionnement des institutions, services et établissements qui ont la charge des enfants et assurent leur protection soit conforme aux normes fixées par les autorités compétentes, particulièrement dans le domaine de la sécurité et de la santé et en ce qui concerne le nombre et la compétence de leur personnel ainsi que l'existence d'un contrôle approprié » . 
A travers plusieurs jeux, et des thèmes choisis par les facilitateurs du séminaire ont également enrichi l’analyse de l’application de l’article, tant au niveau européen qu’au niveau  international, néanmoins avec particularité étonnante dans les Etats Africains.
La pensé du précurseur des droits  des enfants, le père éducateur Janusz Korczk ,estime que les adultes ne devraient  pas  avoir simplement l'intention d'aimer  les enfants, mais leurs respect serait absolu pour leurs bien être en communauté. L'esprit de la formulation de la convention internationale des droits des enfants, dans certains de ses articles croise cette pensé du précurseur, alors que son application reste une grande difficulté par quelques Etats parties. C’est la grande tâche à réaliser par les acteurs et défenseurs des enfants dans le monde entier .
 Pour la première journée du séminaire, le mot d'ouverture a été prononcé par l'Ambassadeur polonais, certifiant l’année 2012 consacré  à Janusz Korczak, voté par le parlement polonais. Ensuite le professeur  Lothar Krappman, specialiste des droits de l’homme est intervenu, expliquant l’importance de la convention internationale de droits des enfants, la problématique de son application dans certains Etats, ainsi que la non véracité de  rapports  de la situation de protection de l’enfant dans ces pays. Il n’a pas oublié également de rendre un hommage au Docteur pédiatre et père éducateur des enfants, Mr Janus Korczak.
Le déroulement des activités du séminaire s'est fait en workshop de groupes d'échange et discussion autour de la convention internationale des droits des enfants moyennant plusieurs jeux de mis en situation.
Les participants ont analysé  l’application de l’article 3 de la CIDE par rapport au loisir des enfants, la culture de la rue, l’éducation scolaire, la santé, la vie en famille à la maison. 
La deuxième journée a été ouverte par la réflexion de l’ambassadeur défenseur des enfants en République Polonaise. Cette grande personnalité a placé l’enfant au centre de son raisonnement et la vision actuelle des droits des enfants  pour l’avenir. La pensé de Janusz Korczak n’a pas échappé à ce haut cadre dans la protection de l’enfant polonais. Il soutien que les activistes de la protection de l’enfance dans le monde entier, devront se servir  de la vision de ce Pédiatre. 
Le défenseur des droits des enfants en République polonaise au milieu
Les révélations  de Janusz Korczak dans l’éducation de l’enfant devront animer l’ensemble d’acteurs et les Etats parti de la CIDE a insisté M. Marek Michalak.


Cette même réflexion a été appuyée par M. THOMAS HAMMARBERG, de la commission Européenne aux droits de l’homme.
L'Ong DEI-France, pour sa part représentée par Madame Sophie GRAILLAT, a rappelé le rôle de l’enfant et son intérêt supérieur ne doit pas faire l’objet d'une préoccupation des adultes. Les enfants doivent être concerté et participer aux décisions qui leur concerne.

L’association EADEV a questionné la définition de l’article 26 de la CIDE : «  Tout enfant à droit à la scolarité gratuite, droit à la vie et droit à la nourriture ». Pour EADEV, plusieurs enfants ne vont pas à l’école dans plusieurs pays en voie de développement et se battent rien que pour avoir une vie, particulièrement en RDC. Eadev a proposé par son président, M. Augustin VWALUMA qu’une plaidoirie internationale, menée par les associations de défense des droits des enfants dans le monde,  ceci pourrait faire avancer et  respecter l’application de la CIDE par les décideurs de chaque Etat parti.
les participants dans un workshop d'un jeu Korczak


24 mai 2012

Conséquences de l'actuel conflit armé sur les femmes et les enfants à l'Est de la RD.Congo

L'intensification des opérations militaires de traque des forces négatives par les forces loyalistes FARDC dans toute la partie EST de la RDC, ne fait que perdurer. Les conséquences deviennent de plus à plus déplorables sur les vies humaines, notamment des déplacement massif des populations à l'intérieur du pays  sans assistance, et d'autres vers l'Ouganda, voisin. 
Les déplacés des combats dans le Kivu


















Près d'un milliers des déplacées sont rapportés depuis les attaques du 29 avril 2012 dans le territoire de Masisi . Dans la poursuite de son objectif, les forces loyalistes ont orienté leurs attaques vers les bases de forces négatives, précisément vers Runyoyi, dans le parc de virunga, l'actuelle base de l'ancien chef militaire N°2 du CNDP, ex-mouvement politico- militaire, Mr Bosco Taganda. Ce dernier est recherché par la cour pénale internationale, accusé de crime contre l'humanité pour avoir commis plusieurs exactions à l'Est de la RDC et participer à l’enrôlement d'environs 150 enfants dans les rangs des groupes armés en Ituri au côté de Thoma Lubanga, inculpé aussi par la même cour.
Les femmes et enfants fouillant les combats à l'Est de la RDC, se dirigent vers l'ouganda
Dans le grand Nord-kivu, les éléments d'enquêtes signalent une réorganisation des plusieurs groupes armés formant une coalition dénommée M23, depuis le début du mois de mai courant.

En début mai 2012, la société civile de Lubero rapporte que le groupe  Mai-Mai  PARECO( Patriote résistant congolais) sous le lead de Mr Lafontaine a investi la localité de MBINGI à 20 Km d'ALIMBONGO, chef lieu de la Collectivité de BATANGI. La troupe regorge plusieurs dizaines d'enfants et que d'autres recrutements de mineurs sont au rendez-vous.

A Beni , selon la société civile Ville et Territoire de Beni  rapporte également que depuis le début du mois de mai, une vaste campagne de recrutement des démobilisés et enfants est en cour en Secteur de RUWENZORI en perspective de la genèse d'un nouveau groupe armé. Le réseau des auteurs de ce recrutement n'est pas encore bien identifié, le nombre d'enfants et adultes jusque là recrutés et ainsi que leur destination ne sont pas encore identifiée.

L'association EADEV exprime son inquiétude suite à ces mouvements qui fragiliseraient son action de démobilisation et réinsertion sociaux-économique des ex-EAFGA( Enfants associé aux forces et groupes armés). Un cercle vicieux pointe une fois à l'horizon pour cette tâche aussi lourde pour les associations de protection de l'enfance, dont les moyens sont nettement réduis.
Les efforts du gouvernement congolais devraient être salués, avec l'adoption de la loi du 10 janvier 2009, qui interdit l'utilisation des enfants dans les forces et groupes armés en RDC. La loi prévoit 20 ans de prison à l'encontre des recruteurs. Mais si cette loi est un pas en avant important, des enfants sont toujours enrôles en masse dans les rangs des groupes armés opérant dans l'Est du pays.Toutes les parties aux conflits, dont la majorité est actuellement intégrée dans l'armé nationale, sont responsables du recrutement forcé des enfants soldats. 

La place de l'enfant n'est pas dans les rangs des groupes armés, elle est plutôt dans sa famille, à l'école, et dans un environnement lui offrant un bon cadre de vie, souligne le Président de l'association EADEV, Mr Augustin VWALUMA, en appelant aux auteurs au respect absolu de droits des enfants dans cette partie du pays. Ces actes de recrutements d'enfants dans les rangs des groupes armés  est une violation grave de droits des enfants et  constituent une crime  de guerre et crime contre l'humanité.
Il est impérativement urgent que des mesures préventives soient être accélérées.Il en est de même des Structures de plaidoirie et d'accueil  devront être mobilisées si les acteurs arriveraient à sortir les enfants de ces mouvements à coté des centaines d'autres qui ne sont pas jusque là libérés.
Pour EADEV
Augustin VWALUMA
Président




23 mai 2012

Situation humanitaire depuis les récentes opérations militaires à l'EST de la RDCongo(les KIVU)

Depuis janvier 2012, EADEV, intervient dans le sud de Lubero jusqu'à Kanyabayonga où la situation  humanitaire reste trop préoccupante, suite aux évènements tragiques des combats entre groupes armés dans cette zone. 
En collaborations avec les acteurs humanitaires de la plate forme, les membres de l équipe d 'EADEV participent activement et régulièrement à des missions d'évaluation globale pour une bonne coordination des réponses conjointes à la situation qui prévaut actuellement dans les Kivu . 
Dans ce collectif des ONG humanitaires locaux et internationaux, les objectifs de descente sur terrain sont principalement de collecter les informations sur la sécurité des populations civiles,d' analyser les différentes informations en vue des réponses ultérieures adaptées ;de s'acquérir de la situation de protection de l’enfant dans la zone et afin de mener des actions de plaidoyers auprès des autorités civiles et militaires au niveau local.
Mme Thérèse d'EADEV en  mission d'évaluation inter agence dans le sud de lubero au 16 fevrier

Au cours de l'évaluation, les ONG ont identifié un duel ,pesanteurs dont notamment la problématiques de la présence ou de l’absence des forces de l’ordre ainsi de la présence des groupes armés qui ont une influence directe sur la sécurité des populations civiles dans les zones visitées et les environnants. Parmi les zones visitées, on observe la présence des forces régulières(FARDC), de la Police nationale congolaise  à Miriki, Buleusa, Luofu, Mbughavinywa et Kanyabayonga
Par contre, il n’ y a aucune position des forces loyalistes à Lusogha et  Bulindi; seule une faible présence de la Police nationale congolaise est observée dans ces deux villages (3 à 4 hommes mal équipés). A Luhanga, la sécurité et la protection des civils sont relativement assurées par une position des FARDC.
Dans les entretiens avec les femmes, les jeunes, les enfants, les autorités civiles et militaires, les groupes armés sont présents et actifs à l’intérieur ou aux environs des villages ci hauts visités. D'où une menace permanente des attaques qui provoqueraient un déplacement des populations vers les zones un peu sûres.
Vue du village de Mbughavinwa lors de l'arrivée d'équipe de'évaluation, avec celle d' EADEV, Th&Phil

Malgré la présence des FARDC  à Miriki, Buleusa, Luofu, Mbughavinywa, Luhanga et Kanyabayonga les Force de Libération du Rwanda( FDLR )seraient présents à environ 3 à 5 km autour des villages. Selon les autorités locales, les bases des groupes armés, en particulier les FDLR, se trouveraient dans les zones de Bukumbirwa, Maruho, Maserehenya, Mirombo, Ngaha, Kateku, Mwekwe, Kinyamuyagha, Birundule, Mirangi, Lusuli, Kyahala, Malianga et Kikuku. Ces derniers s’adonnent à l’exploitation artisanale des minerais dans la partie nord-ouest du territoire de Walikale, à Korombri, Malimingi, Irameso, Bukonde, Misau, Buruko, Kalinga, Muzanga et Buhimba.
Dans les localités de Mirungi, Kanune, Iremya, Kalehe, Lushoa et Muronga du groupement d'IKOBO, les traques des groupes armés( FDLR, Mai-Mai) par les forces loyalistes ont fait vidé les populations de quelques de ces localités précisément kalehe, lushoa et Muronga.
            
I.Analyse des éléments spécifiques de la mission:

A.   Sécurité des populations civiles:
On note un sentiment de relative quiétude au sein des populations des zones où il y a la présence des FARDC. Quelques situations liées aux comportements de certains éléments FARDC mais aussi aux opérations militaires fragilisent la sécurité à l’intérieur même des villages où il y a des positions FARDC. C’est par exemple le cas de Luhanga où les FDLR ont attaqué le 30 janvier 2012, brûlant 37 cases et pillant des vivres et autres biens. Au cours de leur retrait, ces mêmes assaillants ont pillé le village de Kalevya. Tout ceci est arrivé après  le départ des FARDC de Luhanga pour une opération militaire à un autre endroit, laissant la zone Luhanga complètement dégarnie

Une staff EADEV devant une case incendiée à Luhanga  en date du 30 janvier 2012

Constat d’incendie par l équipes inter agence à Luhanga en date du 30 janvier 2012














Dans certains villages où il y a des positions FARDC, la population dénonce quelques dérives dans les comportements des soldats. A Mbughavinywa, les FARDC imposeraient à la population des travaux forcés pour la construction de leurs abris et le creusage de tranchées, en remettant des jetons à ceux qui ont travaillé et en imposant le paiement d’amendes forfaitaires à ceux qui ne se sont pas présentés au travail. Ils auraient également extorqué aux fabricants de planche et à la Fédération des entreprises congolaise une somme respective de 50 $US. Le commandant de la Police et le président de la Fédération des entreprises seraient quant à eux obligés de payer des crédits de téléphone par semaine au commandant FARDC, qui prélèverait également une partie importante des amendes collectées par la Police. Cette pratique de raquette finira par créer un conflit entre autorités de la police et civiles. Il s’immiscerait également dans les attributions traditionnelles de la Police.
A Kanyabayonga, les militaires se livrent parfois à des violations des droits de l’homme, notamment des coups et blessures. A Buleusa, ils procèdent régulièrement à des arrestations arbitraires et torturent des civils, en échange parfois d’une rémunération versée par la partie plaignante. Par ailleurs, ils se rendent régulièrement au centre de santé de Buleusa pour des soins, mais sans jamais payer les frais médicaux.
Par ailleurs, la Police aurait tendance à accuser la population de Bulindi de complicité avec les FDLR, mais il a été relevé par plusieurs sources que les quelques éléments de la PNC et les habitants de la zone n’ont d’autre choix que de collaborer avec les groupes armés afin de préserver leur vie. Il est à noter que trois éléments de la PNC auraient été déployés dans le village depuis mi-janvier 2011, mais ils ne disposeraient que d’une seule arme. Selon des sources de la société civile, ils auraient eux-mêmes tendance à inciter la population à payer les taxes illégales réclamées par les FDLR.

Enquête des violations des droits humains par les équipes













Par ailleurs, l’équipe a constaté deux cas d’arrestation arbitraire et détention illégale aux cachots de la Police locale de Bulindi et Kanyabayonga.
La population serait par ailleurs rançonnée par les forces de sécurité censées la protéger, sur les axes de Miriki, Buleusa, Luofu, Mbughavinywa et Luhanga.
Les éléments de la Police nation congolaise seraient obligés de collaborer avec les groupes armés. Pour autant, leur présence ne garanti pas pleinement la sécurité dans les villages, à proximité desquels évolueraient à la fois la population, dont la majorité exerce des activités agricoles, et les groupes armés étrangers (FDLR FOCA, RUD). Ces derniers auraient parmi la population, des commissionnaires pour la vente de leurs minerais ou des pierres précieuses. Les autorités ont rapporté que certains des commissionnaires qui ont pris la fuite avec l’argent des FDLR ont été poursuivis et tués.  Deux d’entre eux auraient été abattus à Kirumba et à Kanyabayonga.
En même temps,sur le terrain, les militaires de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo, section Désarmement, Démobilisation et rapatriement, réinsertion( MONUSCO/DDRRR) continue de mener des actions de sensibilisation des groupes armés, particulièrement les FDLR, au désarmement, mais la société civile craint que l’impact de ces actions ne soit pas sensible avec le recrutement auxquels s’adonnent les groupes armés.
Les environs de tous les villages visités restent très vulnérables du fait de la présence et de l’activisme des FDLR.
Un militaire des UN dans un village sinistré près de Luhanga

Mission de sensibilisation UN au sud de Lubero, vers Buleusa













*Situation spécifique des femmes et des enfants

En plus du poids de la coutume, comme dans toutes les zones de conflits où les femmes sont les plus vulnérables et paient la lourde  tribu de la guerre, 99% des victimes des violences sexuelles sont des filles et femmes. Pour la majorité des victimes, leurs agresseurs les trouvent dans les champs ou lors des incursions dans les villages par des hommes armés en uniformes militaires. Des cas d’enlèvements des femmes/filles pour exploitations sexuelles sont aussi rapportés ou des cas de meurtres à l’égard des femmes.
Dans certaines zones, les cas des violences physiques sont très courants. En groupement d’Ikobo (Buleussa, Kanune, Kateku) le taux est plus élevé, selon l’Infirmier Titulaire (IT) du Centre de Santé (CS) Buleussa qui a apporté que 5 à 6 cas des coups et blessures domestiques sont pris en charge chaque mois par sa structure
Les besoins le plus urgents exprimés par les fammes à Buleussa ont été surtout de base, notamment : La securité, la rehabilitation des abris, des kits NFI et d'hygienne ,
Une femme de Buleussa s'exprime en décrivant sa situation







* la situation des enfants.
La situation générale des enfants reste très préoccupante dans toutes les zones couvertes par la mission.  Plusieurs cas de violations des droits des enfants ont été rapportés sur différents axes y compris celles en rapport avec la résolution 1612 (meurtre et mutilation, enlèvement, recrutement et/ou utilisation des enfants dans des forces et groupes armes, attaque contre écoles et hôpitaux, viol et autre acte grave de violence sexuelle).
Au-delà de  ces violations, il n’existe pas de mécanisme d’encadrement  pour la réinsertion communautaire et socio-économique  des  Enfants Sortis des Forces et Groupes Armés (ESFGA). Cette carence expose ces derniers aux re-recrutements des seigneurs de guerres qui pullulent dans la zone.
Une staff EADEV s'acquiert de la situation des enfants à Buleussa











Les parents appauvris par les différentes exactions n’arrivent plus à garantir la scolarisation des enfants. Au vu de la situation, plusieurs  enfants sont chefs de ménage et par  voie de conséquence, victimes des violences sexuelles et par là même des filles mères.
Pour des raisons culturelles, les mariages précoces sont très fréquents. Au Centre de santé de Buleussa 70 % des nouveaux cas des femmes reçues aux consultations prénatales sont des mineures.

Les enfants errent dans le village de Buleussa













B. Education :
·   Dans certains villages, les infrastructures scolaires sont soit inexistantes soit en délabrement avancé, où les enfants étudient dans les conditions non protectrices. Tel est le cas de Luhanga, où les enfants étudient sous des hangars.
·  Les enfants parcourent des  longues distances (15 à 25 km) pour accéder aux études secondaires. C’est le cas de Luhanga et Lusogha.
·         Le taux d’analphabètes serait élevé suite à l’inaccessibilité à l’éducation due à la pauvreté causée  par l’insécurité généralisée dans la zone, Manque de kits scolaires et kits enseignants,        Non mécanisation et non motivation des enseignants.
    C. Santé et problématique des viols et violences sexuelles.
La partie sud du territoire de Lubero, où circulent des groupes armés, ne présente pas un environnement protecteur rassurant pour les populations civiles surtout pour les femmes et les enfants. Dans les villages ciblés par la mission, il a été constaté des cas récurrents des violences sexuelles et sexistes à l’égard de la femme et de l’enfant.
Les viols rapportés sont généralement commis dans les champs et sur  les chemins reliant  les villages. Les principaux auteurs sont principalement les hommes armés  en uniformes militaires. Sur les différents axes, les FDLR sont les plus pointés du doigt, suivi des Forces loyalistes,(FARDC).
Les filles du village dénoncent des cas de viol à l'agent EADEV











Les victimes qui sont pour la plupart les femmes,  dénoncent rarement ou pas du tout leurs agresseurs  par peur de la stigmatisation, des représailles des auteurs et, surtout,  du rejet par leurs familles. Pour la plupart, elles choisissent souvent de ne pas se  présenter dans des structures de santé pour la prise en charge. Selon le personnel de santé contacté, certaines victimes arrivent lorsqu’elles ont des complications déjà très avancées.
Certains villages restent éloignés des structures de santé (15 à 20 Km), cela décourage certaines victimes notamment dans la zone Luhanga, Kalevya, Kasiki, etc.
Bien que les Kits PEP soient disponibles dans la plupart des structures de santé de référence visitées,  il n’existe pas une politique harmonisée  de gestion des cas de violences sexuelles.                 La zone de Santé de KAYNA, qui couvre toutes les localités visitées, ne dispose pas de cartographie claire des acteurs, ni d’un plan de  pré positionnement des Kits PEP.
Apres analyse des statistiques disponibles à l’Hôpital Général de Référence, il a été constaté une croissance du  taux des viols à l’encontre des hommes et des jeunes garçons. On signale des femmes parmi les auteurs présumés (certaines sont membres des groupes armés et d’autres sont des civiles). Ces viols ont lieu aussi bien aux champs qu’à l’intérieur des villages ou cités.

  II.  Etats des lieux sur les interventions humanitaires dans les zones visitées
  • Accès/Logistique : L’ONG internationale Welthungerhilfe (ex AAA) est en train de réhabiliter       la route Luofu-Miriki-Buleusa-Bukumbirwa longue de 51 Km, avec un financement USAID.
  • Vivres d’urgence : L’ONG internationale NRC est en train de distribuer des vivres du Programme Alimentaire Mondial en faveur de 26860 personnes retournées et déplacées de Buleusa, Rusamambo, Kateku 1, Kateku 2, Bukumbirwa, Kanune et Kataro/Kaghumo. Au total de 223,610 MT de vivres ont été rendues disponibles pour cette distribution.
  • Eau, Hygiène et Assainissement : Le CICR a fait le captage de sources à Buleusa.
  • Santé : Le CICR est en train de construire le centre de santé de référence de Buleusa. Il a aussi un programme d'appui en formation du personnel, gestion et médicaments en cours dans les structures de santé de Buleusa. Par ailleurs, un appui ponctuel en médicaments est accordé au CS Bukumbirwa (suite au retour d’une partie de la population) et au CS Kateku (suite au pillage).

Depuis le 5 janvier 2012, avec un financement d’ECHO, MERLIN accorde son appui en soins de santé primaires à 13 structures sanitaires au Sud Lubero parmi lesquelles se trouvent le CSR CEPROMI, le CSR Kanyabayonga, le CS Vuvoho, le CS Nyamiindo/Kayna, le CS Kasando, le CSR Kirumba, le CS Miriki et le CS Luofu, en faveur de déplacés et des indigents. Les autochtones bénéficient d’une tarification à moindre coût. Dans ce projet, les activités menées se résument en approvisionnement des médicaments et du kérosène pour la chaîne de froid, en payement des primes de motivation pour B le personnel (après calcul de performance), en formation des prestataires et en supervision conjointe avec les bureaux centraux des zones de santé (BCZ).
  • Evaluations multisectorielles : Des évaluations multisectorielles organisées par Solidarités internationales sont en cours à Buleusa, Kanune et Kateku 1.
  • Sécurité alimentaire : L’ONG locale APETAMACO reçoit le soutient du PAM dans le cadre du programme Vivres Contre Travail en pisciculture à Miriki, Luofu et Kayna ainsi qu’en agriculture. La même ONG locale est aussi appuyée par CRS pour la culture de manioc à Luofu.
  • Protection: L'ONG locale EAD, intervient à Luofo dans la réinsertion des enfants EAFGA par l'apprentissage des métiers génératrice des recettes.                                    
III.Besoins humanitaires identifiés par la mission
*Accès à l’Education
Besoin de construction d’une école d’urgence à Luhanga. L’école primaire qui existe à Luhanga n’a pas de bâtiment.
Besoin de construction de l’EP Lusogha en urgence. Les bâtiments de cette école sont délabrés.
Besoin de construction d’une école d’urgence à Bulindi.
Reconstruire les écoles primaires Buleusa, Mbila/Buleusa, Bukumbirwa, Kateku, Rusamambo, Ikobo/Rusamambo, Kilambo et Kanune, qui se trouvent dans des localités habitées.
Besoin de l’organisation des classes de rattrapage  scolaire et de métiers en faveur des enfants déscolarisés dans les groupements Ikobo, Itala et Tama ainsi que sur l’axe Kanyabayonga-Bulindi-Lusogha.
*Accès à l’Eau Hygiène et Assainissement
Aménagement d’une source d’eau sur le site des retournés de Kyuto, situé sur l’axe menant à Luhanga. Les deux sources aménagées de la zone se trouvent à en environ 5 Km de Kyuto, dans la zone Luhanga ;
Aménagement d’une source d’eau de Lusogha ;
Adduction d’eau dans la zone Bulindi pour les populations de Bulindi et Lusogha. Une potentialité d’adduction existe, avec la présence des sources situées sur une montagne de Bulindi.
Construction des latrines à l’EP Butalongola. Il s’agit d’une école bien construite, en matériaux durable, mais dépourvue de latrines.
*Accès aux Abris et NFI
  Construction des abris en faveur d’au moins 37 ménages à Luhanga. Leurs abris ont été incendiés par les FDLR le 30 janvier 2012.
Distribution des  kits NFI comprenant, y compris les habits à la population de Luhanga, y compris les retournés.
Des équipes de Solidarités International en évaluation multisectorielle dans la zone a reçu une information selon laquelle les déplacés sont plus nombreux que les résidents retournés à Buleusa. En effet, les chiffres bruts révèlent la présence de 812 ménages de retournés et de 1048 ménages de déplacés, en provenance de Bushalingwa, Maruho, Buhimba, Kalinga, Misambo, Ngaha, Kalehe, Ngerere et Mashuta. A Kanune, il a été signalé à Solidarités International la présence de 675 ménages de retournés et 360 ménages de déplacés. Il y besoin d’une contre vérification de ces chiffres en vue d’une distribution des kits NFI.
*Accès à la sécurité alimentaire
Les perturbations climatiques sont à la base d’une situation de famine au Sud Lubero, particulièrement à Luofu. En effet, les cultures ont été endommagées d’avril à décembre 2011 à cause des pluies abondantes et, à partir de janvier 2012, elles ont été desséchées suite aux effets d’un soleil accablant. Prenant la vente des cossettes de manioc comme exemple, les autorités et la société civile ont déclaré que 1,5 kg de cossettes de manioc qui coûtait 250 FC coûte actuellement 500 FC. Les populations paysannes n’ont plus de semences vivrières (haricot, pomme de terre, arachide, maïs) et maraîchères (amarante, choux,..) pour la saison culturale qui commence généralement le 15 février.
Note : Il y a un site de déplacés bien organisé  à Lusogha, avec environ 152 ménages.

IV.  Actions de plaidoyers menées sur le terrain

Sur la base des informations et des analyses rapides faites sur le terrain, quelques actions de plaidoyers ont été engagées auprès des Autorités locales par la présente mission de protection :
-          Plaidoyer auprès du 809e  Régiment pour les patrouilles et le déploiement des FARDC sur l’axe Bulindi-Lusogha et environs ;
-          Plaidoyer auprès du 809e  Régiment pour des patrouilles régulières autour des villages où il y a déjà des positions FARDC;
-          Plaidoyer auprès du 809e Régiment contre les travaux forcés et les mauvais traitements que les militaires infligent aux civils ;
-          Plaidoyer auprès du 809e Régiment pour le respect du travail de la Police Nationale congolaise( PNC) à  Mbughavinywa ;
-          Plaidoyer auprès de la PNC de Kayabayonga contre les cas d’arrestation et la détention  illégale ;
-          Plaidoyer auprès de la PNC de Bulindi contre les cas d’arrestation et de détention illégale.
                          
 Au regard de cette brève évaluation de la zone de Lubero, vulnérable de l'actuelle de situation dans les Kivu, il serait pertinent que la mis en oeuvre en fonction du plan de contingence définit dès le début de l'annonce d'une éventuelle traque des FARDC contre les forces négatives dans la sous-Région. Chaque organisation est bien disposée à proposer sa réponse selon son domaine d'intervention en priorisant la protection des femmes et les enfants.

Pour EADEV
Département de communication